A tous ceux qui trouvent l'extrême-droite cool, et ceux qui aiment les histoires.

Publié le 26 Mai 2014

Il n'y a pas si longtemps, au début du 20éme siècle, il est déjà arrivé une montée de populisme (bon, dans notre cas actuel il faudrait plutôt dire que cette poussée est aussi dûe aux abstentionnistes).
Comme je ne suis pas historienne, et donc, pas du tout bien placé pour vous faire un cours - mais vous connaissez normalement déjà toute l'histoire; Je vais juste vous raconter celle d'une partie de ma famille.

Ma mamie, c'est cette jolie jeune-fille souriante en bas à gauche.

Ma mamie, c'est cette jolie jeune-fille souriante en bas à gauche.

Pour vous mettre dans l'ambiance familiale, on commence fin 19éme siècle, par un de mes arrière arrière grand-père, nâtif de Grosbliederstroff.
Petit bourgeois, Il possédait quelques terres et fortunes, mais fut ruiné. Ainsi -vous allez voir comment ils étaient sympas à l'époque, il abandonna sa femme et ses deux filles sans le sou, pour aller faire fortune au Etat-Unis, et on entendit plus jamais parler de lui. (Voilà, ça commence bien !)

Madeleine et Hélène, les deux filles, et leur mére, durent travailler dur pour survivre, et par des raisons qui me sont inconnus, durent réussir, s'acheter chacune une maison l'une à côté de l'autre à Sarreguemine, et devinrent énnemies.
Les deux soeurs s'invectivaient quotidiennement chacunes à leurs fenêtres et se traitaient des pires noms d'oiseaux, en Alsaciens (oui, ce coin de Lorraine parle un espèce de patois alsacien). Apparemment, à l'époque, on en avait rien à foutre que la famille, les voisins, et les passants vous voient vous insulter a travers la rue. Ca vous donne une idée de l'ambiance dans laquelle a baigné ma grand-mère pendant son enfance.

Donc, mon arrière grand-mère était Madeleine. Je sais peu de chose, mais c'était une bosseuse et une économe. Elle devait avoir un sacré caractère... C'est elle (selon ma mamie) qui acheta seule la résidence à Sarreguemine: une maison de maître ayant appartenu à un baron Allemand.

Elle épousa mon arrière-grand-père, Joseph, qui était tailleur. Un self made man : grand, belle gueule; Fils de paysan, il devint tailleur, se tailla une petite réputation, et finit par employer quelques ouvriers.

Donc, peu avant le mariage de Joseph et Madeleine, la mère de celle-ci fut écrasé par une charette (l'équivalent de nos accidents de voiture...). Elle ne survécut pas, et -attachez-vous, fût enterré le jour du mariage de mes arrières grand-parents. Ouais, c'est hard.
Il faut remettre un peu les choses dans leur contexte. C'était un petit village de paysans, il y avait les travaux quotidiens, on ne pouvait pas se permettre de chômer une journée entière pour célèbrer un mariage -t'es ouf ou quoi ?
Du coup, dans la même cérèmonie, le matin à 8h, on enterra la mère et on maria la fille -en robe noire, évidemment ! Je te dis pas la journée et l'ambiance du mariage!

 

Sur ces entre-fait arriva la guerre de 14-18. Je vous rappelle qu'à l'époque, le coin était allemand. Joseph fut donc enrôlé dans l'armée allemande. Il fit la guerre, puis fut fait prisonnier et envoyé dans un camp de travail en Russie. Mal-nourri, mais fort et costaud: il survécu, et revint par bateau, aveugle (le manque de vitamines ?).
Il repris le travail (je vous rassure, il avait retrouvé la vue. C'est mieux pour un tailleur!) et eut trois enfants: deux garçons, et ma grand-mère Mariette. C'est son surnom, mais à vrai dire, même ma mère n'est plus sûre de son vrai prénom.

 

Donc le mec, il survit à la guerre, et à un camp de travail, sans doute en Sibérie, il revient, il fait trois gosses, et il fait son petit business de tailleur. Tranquillou. Une vraie force de la nature.


Ma grand-mère reçut une éducation de petite bourgeoise, et pour ce faire fût envoyer chez les soeurs dans un pensionnat payant -fait dont elle s'est souvent vanté, bien qu'ayant vu sa mère se friter toute sa jeunesse avec sa soeur: elle pris l'habitude de jurer comme un charetier! (C'est une des choses dont je me souviens bien. Limite c'est ptet elle qui m'a appris les gros mots. Bon ok, il paraît qu'elle c'était déjà bien calmé quand je l'ai connue).

Sur ce, et c'est là que ça nous interesse; (La partie avant c'était juste pour le plaisir de raconter) Vient la monté du national-socialisme et la prise de pouvoir de notre copain Hitler, sous forme de: "Ouaaais, revanche! On va reprendre l'Alsace, la Moselle, et puis le reste du monde ! Et on va envoyer tout les chiants en camp de concentration, surtout ses sales juifs, étrangers, homosexuels, intellectuels, dissidents...etc....Bref, tout les chiants quoi. Vive la guerre, et sacrifiez-vous, hein."

 

Sarreguemine repassa du côté allemand, sans trop de combat du côté de la ville même, il faut le préçiser.
Les jeunes alsaciens furent sommés d'aller travailler dans des usines pour les allemands histoire de participer à l'industrie de guerre.


Et là, ça devient vraiment fou, un vrai film d'action.


Mes arrières grand-parents envoyèrent leurs enfants dans "l'intérieur de la France", afin qu'ils n'aillent pas travailler dans les usines et qu'ils ne filent pas de coups de mains aux Allemands.
Bon évidemment, ils furent punis : ils n'étaient pas juifs, mais furent envoyés tout les deux en camp de concentration. Fallait pas les faire chier les Allemands.

 

Joseph, la force de la nature, en revint en 45. Squelletique. Ma grand-mère racontait qu'il flottait dans son bain, et qu'il ne pouvait plus dormir sur un matelas: il dormait par terre.

 

Histoire d'être plus visuel. Une ptite image pour le plaisir (veuillez ranger vos enfants).

Non, ce n'est pas mon arrière grand-père, et : Oui, je manipule vos émotions (un peu comme le populisme, hein, mais au moins moi, je vous le dit clairement).

 

Cette homme aura bien souffert pendant les deux guerres... De mémoire, il survécut jusque dans les années 60.
Tu crois pas qu'il y a de quoi devenir fou ? Péter un cable après une vie comme ça ?

Revenons à la guerre; Evidemment, la barraque à Sarreguemine, vidée de ses occupants, fut requisitionné par l'état-major allemand, et allègrement pillé.

Ma grand-mère, envoyée, en France de l'intérieur, se retrouva à Nice. Elle y rencontra mon grand-père, Marcel (Alsacien, lui aussi exilé). Ma grand-mère travailla dans une préfecture, elle y faisait du secrétariat, car elle était parfaitement bilingue et éduquée.

 

Anecdote : Bien après la guerre, quand elle croisait des allemands dans la rue, et qu'ils la prennaient elle-même pour une allemande et lui demandait d'où elle était, elle prenait , j'imagine, un malin plaisir à leur dire bien fièrement qu'elle était française, et à leur rapellé ce qui c'était passé, et de sont point de vue à elle : de leur faute, en 39-45. Ouais, elle était du genre à chercher la bagarre.


Donc, Mariette, qui devait tenir de ses parents, commença à se lancer dans la contre-façon de papiers et fournissait, j'imagine, les juifs et les roumains, et autres...


Et... elle finit par se faire gauler.


Elle fut emprisonné à Nice.
Artiste dans l'âme, elle dessina de magnifiques fresques dans sa cellule.

Elle fut bien torturé (et quand je dis bien: ça veut pas dire un petit peu, hein), puis envoyé par train vers Paris, pour après, rejoindre un camp de concentration quelque part en Allemagne. Quand je vous dit qu'il fallait pas les faire chier.


Par je ne sais quel truchement, elle parvint à s'évader du train, et rejoignit Sarreguemine (oui, c'est un peu suicidaire), et trouva sa maison aux mains des Allemands.
Elle alla demander à sa tante Hélène, -pour rappel, la maison juste à côté, et la femme  qui détestait sa mère, mais qui était aussi sa marraine (on est compliqué dans la famille), de la recueillir. Hélène accepta de mauvais gré et la logea à la cave, la menaçant à tout bout de champ de la donner aux allemands (merci tatie pour cette petite torture psychologique quotidienne).

 

La fin de la guerre arriva. Mariette et Marcel se retrouvèrent, et se marièrent. Ma grand-mère s'attendait à ce que sa mère revienne de camp. Ce qui ne fût pas le cas. Ainsi, elle se maria -non pas en noir, mais en gris perle. Ils eurent 5 filles, et 3 garçons (dont un dont on a plus de nouvelles, et qui est sans doute mort dans la rue, misérablement, et deux fausses-couches).


Je ne m'attarderai pas sur les différents soucis de santé et psychiatriques de ma grand-mère, car l'histoire récente est encore douloureuse dans ma famille.
Ouais, ma grand-mère avait la main leste (vous me comprennez), et la colère facile.
En outre, elle racontait ses séances de tortures à ses enfants; Sympa en soirée au coin du feu, non ?
Elle mourut après de longues années de maladie d'Alzheimer. Limite, c'était mieux pour elle de pouvoir oublier toutes ses horreurs.
 

Je peux vous dire que quand elle est morte, en 2009, j'ai eu l'impression qu'une chape de plomb venait de se briser.
 

Comment ne pas finir totalement détruit après tout ça ?
Et je ne parle pas juste de mes grands-parents, j'inclus également les descendants, hein.

 


J'ai envie de conclure en disant que l'Europe: c'est pas si mal. Si ça peut, au moins, nous éviter de nous mettre sur la gueule pour des conneries, et de détruire des familles et des destins.


C'est pas cool de pouvoir passer la frontière librement ?
De pouvoir acheter vos clopes et votre alcool moins cher de l'autre côté de la frontière ?
Et surtout de pas avoir à aller vous faire tuer, ou vos enfants, environs tout les 20 ans ?

Qui peut croire qu'un parti qui se refile de père en fille est moins corrompu qu'un autre ?
Qui peut croire que les motivations du parti d'un mec qui, apparemment, a construit sa fortune personnel (qui se compte en millions) en détournant l'argent qui était légué à son parti, sont bonnes et justes ?

 

Vous croyez vraiment que la France vaut quelque chose toute seule, en comparaison de la Chine ou de l'Inde avec leur 1 milliard de main d'oeuvre bon marché, et leurs étendues immenses disponibles ?

 

Vous croyez que l'abstention, tant qu'elle n'est pas prise en compte, va changer les choses ?


Sérieusement les enfants ?

Commenter cet article

eeleesible 27/05/2014 14:08

Oh quel bel article, merci ! Tu arrives à raconter cette histoire familiale loin d'être drôle avec de l'humour, je te dis bravo.
Et suis totalement d'accord avec toi pour le reste.

Bloody Lucy 27/05/2014 14:01

Grande histoire de famille, merci de la partager avec nous. Cela dit, il est vraiment dommage de taper sur les abstentionnistes. Ce qui se passe n'est pas de leur faute.

Tiens, cet article aussi est dans la sélection Hellocoton : http://leroseetlenoir.blogspot.fr/2014/05/non-le-score-du-fn-aux-dernieres.html

Dolly DLV 29/05/2014 21:43

Je ne voulais pas spécialement taper sur les abstentionniste, je suis navrée si tu le ressens comme ça.
Je voulais juste nuancer ce que d'autres pourraient appeler "une vague bleue marine", puis ce qu'il n'y a pas tellement plus de partisans du FN, mais surtout plus d'abstentionnistes !

Liochka 26/05/2014 16:47

C'est vrai que nos histoires dans ce coin de France sont bien difficiles...( comme je pense celles de l'autre coté aussi ! ). Tu as bien de la chance de connaitre tous ces faits, pour moi, il reste pleins de trous dans mon histoire personnelle. La guerre et ses atrocités rendent aussi les gens secret quelques fois.....ce n'est pas forcement facile de se construire aussi.

fanny 26/05/2014 13:55

Merci de cet article; j'ai atterris ici complètement par hasard, en cherchant un tuto de tunique(!) et le nom de ton blog (parce que je suis Vosgienne, Madame, hélas exilée en Bourgogne) a fait tilt.
J'ai envie de coudre aujourd'hui pour me changer les idées: le résultat des élections m'a fait pleurer de rage et de honte. Ca fait du bien de se sentir moins seule.
Bises
Fanny

Julie 26/05/2014 13:42

T'as bien raison, et c'est une belle façon de présenter la chose...
Sacré histoire familiale dis donc ! On a quand même de la chance d'êtres nées à une époque où les choses ne se passent plus de la même façon...
Donc bref, l'Europe c'est bien. :)
Merci d'avoir partagé ça avec nous !
(Ma grand-mère aussi s'appelle Mariette, et son prénom d'origine c'est Marie-Antoinette...

Elbé 26/05/2014 11:10

Merci.